Radicalisation des jeunes, une réelle surprise?

radicalisation des jeunes
radicalisation des jeunes
Partager !

Depuis 2015 fleurissent des articles se questionnant sur la radicalisation des jeunes présentée comme si c’était une découverte qui devenait soudainement un grand problème de société.

Pourtant, les autorités savaient que cela devait arriver… les attentats qui se succèdent prouvent que nous en subissons les conséquences par conséquent nous sommes en droit de poser la question : pourquoi n’avoir rien fait pour éviter ça ?

radicalisation des jeunes
radicalisation des jeunes

En 2002 le rapport de la commission d’enquête sur la délinquance des mineurs réalisé par MM. Jean-Claude CARLE et Jean-Pierre SCHOSTECK, raconte ceci:

SURDÉLINQUANCE DES JEUNES ISSUS DE L’IMMIGRATION

Jusqu’il y a peu, il était difficile d’évoquer la surdélinquance des jeunes issus de l’immigration sans qu’une telle attitude passe pour une stigmatisation.
Il y a quelques mois, M. Christian Delorme, le “curé des Minguettes” évoquait ainsi cette situation :
“En France, nous ne parvenons pas à dire certaines choses, parfois pour des raisons louables. Il en est ainsi de la surdélinquance des jeunes issus de l’immigration, qui a longtemps été niée, sous prétexte de ne pas stigmatiser.
On a attendu que la réalité des quartiers, des commissariats, des tribunaux, des prisons impose l’évidence de cette surreprésentation pour la reconnaître publiquement. Et encore, les politiques ne savent pas comment en parler”.

L’enquête de délinquance autorapportée conduite en 2000 par M. Sébastian Roché a apporté des précisions sur cette question. Elle montre que la majorité des délits peu graves sont commis par des adolescents dont un parent ou les deux parents sont nés en France (68 %). Une forte minorité des actes peu graves sont commis par des personnes dont les deux parents sont nés hors de France (32 %).

Pour les actes graves, la situation est un peu différente. Les adolescents dont les deux parents sont nés hors de France commettent 46 % des actes graves.

Lorsque la question est posée aux adolescents qui vivent dans les HLM, les jeunes d’origine maghrébine représentent 39 % des actes peu graves et 47 % des actes graves.

Ces chiffres mettent en relief le fait que les actes de délinquance des adolescents maghrébins sont fréquents. Toutefois, ils ne permettent pas de statuer sur la surdélinquance des jeunes issus de l’immigration car ils ne tiennent pas compte du poids relatif des différentes populations en fonction de leurs origines.

Pour expliquer ce phénomène, le sociologue constate que ces jeunes cumulent certains facteurs associés à la délinquance : une plus faible supervision parentale, une résidence plus fréquente dans le parc HLM hors centre-ville, un niveau de revenu et de scolarisation faible des parents, un absentéisme scolaire plus élevé.

Lors de son audition par la commission, M.Thierry Baranger, Président de l’association française des magistrats de la jeunesse et de la famille, a évoqué le handicap culturel dont souffriraient les jeunes d’origine maghrébine : “Ce n’est pas un hasard si une partie très importante des jeunes que nous avons à traiter et qui se retrouvent en prison sont issus de l’immigration. Il s’agit bien souvent, me semble t-il, de familles fragiles, de parents qui ne peuvent pas dialoguer avec l’école et ne trouvent pas leur place au sein des institutions”.

M. Malek Boutih, président de SOS racisme, a évoqué ainsi la question devant la commission d’enquête :

« Beaucoup de raisons expliquent pourquoi il y a plus de « bronzés » que de blancs dans les centres de jeunes détenus, mais ce ne sont pas des éléments culturels ; ce ne sont pas des sourates du Coran ni leurs parents qui les poussent. Il faut même faire très attention dans les discours lorsqu’on insiste sur la responsabilité des parents. Que se passe-t-il lorsqu’on a des parents très sévères dans le quartier ? En dernier ressort, quand ils n’en peuvent plus, ils mettent le gosse à la porte, donc à la rue. (…)

« Par ailleurs, dans les familles d’immigrés, les enfants prennent très vite le pouvoir. Déjà, d’une manière générale en France, le rapport au savoir a tendance à s’inverser en raison des modifications technologiques, des nouveaux rapports urbains, et les jeunes générations ont parfois une meilleure connaissance que leurs parents de la société. Alors, chez les immigrés, imaginez !…

« Je n’ai pas envie que les enfants d’immigrés, qui constituent ce que j’appelle la nouvelle génération de Français, deviennent les noirs américains de notre société, qui ne soient bons qu’à faire du sport ou des films et, pour le reste, passage par la case « prison ». Je sais que la vie est dure, que la société est dure, qu’il y a beaucoup d’injustice. Mais je ne crois pas que les comportements de violence aident à s’en sortir. A l’inverse, ces comportements structurent, organisent la violence et l’implantent définitivement dans la société ».

Certains interlocuteurs de la commission d’enquête ont mis en avant, parmi les causes de la surdélinquance des jeunes issus de l’immigration, un sentiment d’hostilité à l’égard des institutions, notamment de la police, ainsi qu’un sentiment d’injustice lié au marché du travail.

Les responsables de l’association « Agir ensemble » visitée par la commission lors de son déplacement au Havre ont ainsi noté que les jeunes qui réussissaient leurs études se voyaient souvent écartés des entretiens d’embauche lorsqu’ils annonçaient leur nom ou celui de leur quartier.

A cet égard, le président de SOS racisme s’est opposé à toute idée de quotas pour favoriser l’intégration des jeunes issus de l’immigration en observant que la tradition française se fondait sur la notion d’égalité et que celle-ci n’avait jamais empêché la République d’avoir des pratiques inégalitaires ou promotionnelles quand elle souhaitait remédier à certains déséquilibres sociaux.

UNE PROBLÉMATIQUE SPÉCIFIQUE : LES MINEURS ÉTRANGERS ISOLÉS

La question des mineurs étrangers isolés et souvent sans domicile fixe semble prendre des proportions inquiétantes dans notre pays. Dans son rapport pour 2001, la défenseure des enfants estime à 25.000 le nombre de ces mineurs sur notre sol.

L’ensemble de ces mineurs ne sont pas délinquants, mais tous vivent dans des conditions de précarité telles qu’ils peuvent à tout moment devenir délinquants.

Les responsables du parquet des mineurs rencontrés par la commission d’enquête lors de sa visite au tribunal pour enfants de Bobigny se sont déclarés très démunis face à la délinquance de ces mineurs sans référents parentaux sur le territoire national.

Sur 5200 mineurs mis en cause par la police à Paris en 2001, 1100 étaient sans domicile fixe et sans référents parentaux (ces mineurs représentent la moitié des mineurs déférés).

A Paris, il s’agit surtout de mineurs roumains, yougoslaves, tziganes, qui sont à la fois délinquants et en danger sur le territoire français, qui sont parfois utilisés par des réseaux mafieux. La délinquance des jeunes roumains occupe une part très substantielle des travaux du tribunal pour enfants de Paris.

Les mêmes difficultés ont été évoquées devant la commission lors de sa visite à Marseille, même si les mineurs isolés en situation irrégulière sont plus souvent marocains, algériens, turcs… La commission a assisté à l’assemblée générale de l’association « Jeunes errants », qui accomplit un travail remarquable d’accompagnement de ces jeunes et tente de renouer des liens avec le pays d’origine et la famille.

Il reste qu’il est difficile de trouver des solutions pour des jeunes qui ne sont pas expulsables, mais qui, dès lors qu’ils ont plus de seize ans, ne sont plus concernés par l’obligation scolaire. Comme l’a noté la défenseure des enfants dans son rapport pour 2001, «L’apprentissage, que beaucoup d’entre eux souhaiteraient poursuivre, leur est refusé car assimilé à un travail et ils n’ont pas de titre de séjour leur donnant droit à travailler».

Lors de la visite de la commission au centre de jeunes détenus de Fleury-Mérogis, les responsables de la PJJ ont observé que 20 mineurs en situation irrégulière étaient incarcérés et qu’il n’existait guère de prise en charge utile pour ces mineurs à leur sortie de prison.

La situation est exacerbée dans le département de la Guyane, qui subit d’importants flux migratoires en provenance des pays pauvres voisins : Brésil, Surinam, Guyana, Haïti, etc. et qui souffre d’un grave sous-équipement. Aussi, les rues de Cayenne sont-elles le dernier refuge de ces enfants des rues, qui subissent une violence insupportable dans les squatts de la ville.

***Récapitulons:
Depuis 2002, c’est à dire depuis 14 ans, les autorités savent que les jeunes issus de l’immigration ont tendance à être plus délinquants que les autres, que leurs parents trés peu éduqués ont peu ou pas de contrôle sur leurs enfants, que d’avoir une adresse en HLM et un nom maghrébin conduit directement au chômage même avec les plus beaux diplômes gravés dans la pierre, que ceux qui n’ont pas de papiers n’ont pas le droit de travailler etc.

En 2002 il était difficile d’évoquer la surdélinquance des jeunes issus de l’immigration sans qu’une telle attitude passe pour une stigmatisation. En 2016 c’est exactement la même chose sauf que le mot “stimatisation” a été remplacé par “amalgame”… En fait il ne faut surtout pas parler du problème.

Ici, c’est Darty sans le service après-vente
C’est ce qu’a déclaré le premier substitut chargé des mineurs au cours d’une visite de la commission d’enquête dans un tribunal pour enfants, car le rapport de 2002 signale aussi :
Les juges des enfants, les tribunaux pour enfants prononcent des mesures éducatives ou des sanctions pénales qui ne sont pas mises en oeuvre ou mises en oeuvre avec un retard considérable.
Le sentiment d’impunité de certains mineurs s’enracine dans ce constat que la justice ne fait pas ce qu’elle dit.

Bref, rien n’a été fait …. Les gouvernements successifs ont appliqué la bonne vieille méthode Coué qui consiste à se dire que, jusque là, tout va bien sauf, que ça ne va pas bien.

C’est donc une belle hypocrisie de se demander pourquoi tant de jeunes se radicalisent quand rien n’a été fait pour éviter d’en arriver là, pourtant, il aurait suffit de lire le rapport de 2002…
Maintenant, c’est trop tard car de toutes manières, en 2016, il n’y a toujours rien de mieux que l’exclusion à proposer à ces jeunes….
Ils n’ont ni futur, ni avenir, donc, pas grand chose à perdre….
.

Ajouter votre commentaire

Votre email ne sera pas publiee.


*